L’accueil d’un enfant allergique à l’école est une obligation légale en France mais son accueil à la cantine n’est pas une obligation et est de la responsabilité du maire.

Vous avez sans doute entendu parler d’enfants interdits de cantine du fait d’allergies alimentaires. C’était le cas de Clémentine, 4 ans : non seulement dans la vie de tous les jours elle doit se passer d’œuf et de lait avec tous les plats et gâteaux qui en découlent, mais en plus le Maire de sa commune lui a interdit à la rentrée 2007 la présence sur les lieux de la cantine entre midi et deux ! un reportage lui avait été consacré sur France 3.

Pourquoi un maire préfère-t-il ne pas prendre de risque ?

Accueillir dans une cantine un enfant souffrant d’une allergie alimentaire représente un risque réel. Le maire peut penser à la triste histoire de Bastien, 8 ans, décédé en mai 2007 lors d’un repas à la cantine de l’école de Septèmes-les-Vallons (Bouches-du-Rhône). Il avait une allergie au fromage de brebis, cela lui a été servi dans le repas et malheureusement il l'a ingurgité. Malgré l'administration des médicaments adéquats par le directeur de l'école et malgré l'assistance des pompiers, l'enfant est mort rapidement d'un oedème de Quincke.

Le maire peut aussi évoquer le Code du Travail qui interdit de détenir des médicaments sur le lieu de travail en l’absence d’un professionnel de la santé. L’administration de médicaments par injection, prévue dans les protocoles d’accueil, constitue un acte médical que seuls les professionnels de la santé sont habilités à pratiquer. Les agents de cantine ne sont pas des infirmières et le maire n’a pas le pouvoir de les contraindre à administrer des médicaments et encore moins à utiliser les stylo-injecteur.

Pourquoi accueillir les enfants allergiques à la cantine ?

Clémentine n’a pas besoin de prendre de manière régulière des médicaments pour être en bonne santé mais peut, dans des circonstances exceptionnelles, en avoir besoin. Le PAI (plan d’accueil individualisé) précise juste ce que sont ces circonstances extraordinaire et la place et le rôle de chacun si ce cas ce produit. Il est du devoir d’une collectivité de prendre soin des plus fragilisés. Le repas est socialement un moment fort et en particulier dans la société Française où il est central dans la création des liens entre individus.

Le but du diagnostic et de la prise en charge d’un enfant allergique n’est pas de lui créer des difficultés mais d’améliorer sa qualité de vie. La stigmatisation des lépreux, des handicapés, des cancéreux et sidéens n’a jamais été une bonne chose. Ceci est également vrai pour un enfant allergique : il doit être accueilli, avec quelques mesures simples d’aménagement et les risques seront ainsi gérés au mieux.

Modalités d’accueil à la cantine en cas d’allergie

S’il n’y a plus de difficulté à scolariser un enfant allergique, même en maternelle, l’accueil des enfants en restauration scolaire est apprécié de manière très disparate selon les municipalités. Certaines communes s’efforcent de distinguer les enfants allergiques dont la pathologie permet la consommation régulière des repas, au prix de quelques adaptations simples et ponctuelles, réservant une prise en charge spécifique aux polyallergies importantes et aux allergies sévères. On comprendra aisément qu’un enfant allergique aux petits pois et à la pomme crue peut consommer le même repas que ses camarades, au prix d’une éviction ponctuelle du fruit lorsque nécessaire, et d’une substitution de plat (par la cuisine collective ou par la famille via un panier repas) les seuls jours où les petits pois sont au menu...

Reste que souvent le panier repas est la seule solution proposée aux familles, par exemple une élève de CE2 ne pouvait aller à la cantine scolaire qu’à condition d’apporter son repas et en payant quand même la moitié de la cotisation de la cantine car elle est allergique uniquement au KIWI !!!! Dans le panier repas doivent généralement se trouver l’assiette, le verre, les couverts marqués au nom de l’enfant, l’eau, le sel, du pain… L’accueil est devenu beaucoup plus restrictif depuis le décès de Bastien. Certains enfants doivent même manger à côté de l’infirmerie au lieu de manger au réfectoire avec leurs camarades…